La psycho
      dans Signes & sens

      Le perfectionnisme,
      une défaillance narcissique

      Le perfectionnisme, une défaillance narcissique

      Si la perfection n'est pas de ce monde, il est quand même des êtres qui lui vouent culte, dévotion et déférence ou qui s'y soumettent avec oppression et servitude. Quand et comment le fignoleur décide-t-il que l'esquisse d'une création n'en est plus une ? Le sujet perfectionniste, qui n'en est pas à une contradiction près d'ailleurs, peut-il vraiment abandonner la tentative de parachèvement de l'ébauche ?

      Vivre ainsi, c'est se heurter avec violence et douleur intense parfois à la réalité ambiante de ce qui est incomplet. Même l'écriture d'un tel texte, pour cohérente et harmonieuse qu'elle se voudrait, nécessite de s'inscrire dans une démarche prônant une certaine esthétique de l'inachevé, de l'incomplétude, de l'imparfait. Si, comme l'abbé Prévost, « on se demande la raison de cette bizarrerie du cœur humain qui lui fait goûter des idées de bien et de perfection et dont il s'éloigne continuellement dans la pratique », il faut convenir avec Montaigne que « c'est une absolue perfection et comme divine que de savoir jouir loyalement ». On devine déjà dans cette double assertion le célèbre apophtegme lacanien « le Réel, c'est l'impossible ». Le rapport à la limite fait toujours hiatus chez le sujet perfectionniste : il est en incapacité d'amener à sa fin un projet en vue d'une réalisation (qu'il s'agisse d'une affaire, d'un propos, d'un ouvrage...).
      Le perfectionnisme n'est pas à proprement parler un trouble au sens agitation ou désordre; il s'agit plutôt de l'élément constitutif d'une vulnérabilité et d'une fragilité plus profondes ; on peut retrouver celles-ci aussi bien chez l'enfant, que chez l'adolescent et l'adulte, au travers de toute une série fort nourrie de complications existentielles. Il ne faudrait toutefois pas confondre la dramaturgie perfectionniste avec une saine et légitime (voire souhaitable) poursuite du succès. Il est en effet des niveaux d'attentes qui sont dans la vie idoines et tangibles, de ces buts souvent difficiles à atteindre mais susceptibles pourtant d'être réalisés. Dans ce cas, une possibilité sérieuse de satisfaction et de récompense est offerte à la clé. Point de tout cela lorsque le perfectionniste rejoint le pathos. Le niveau des attentes et des buts est devenu irréalisable, donc quasi sacré ; il s'ensuit un défaut récurrent de satisfaction quelle que soit la performance atteinte. L'aptitude à sublimer est psychiquement complètement désactivée. L'exigence exponentielle de perfection damne et diabolise le lien aux réalités.
      La société canadienne de psychologie clinique s'est particulièrement attachée à recenser les conséquences du perfectionnisme sous ses différents aspects. Elle a considéré l'appétence et la motivation pour la perfection comme un système organisé de signes, une sorte de théorie générale à rapprocher de la sémiotique. Il y aurait schématiquement trois types de perfectionnisme (+ un, subsidiaire, comme partout travesti et qui inscrit le sujet dans un besoin d'apparaître parfait).

      Un perfectionnisme axé sur soi


      Il est généralement associé à la dépression clinique qui n'est pas, bien sûr, un concept psychanalytique mais dont on peut dire tout de même qu'elle rend compte de la conflictualisation des pulsions, de la modification de l'état thymique et de l'humeur. Cette forme de perfectionnisme a été très nettement liée à l'anorexie, à des hausses prolongées des réponses cardiovasculaires et à des problématiques interpersonnelles, reflétant un surcroît de responsabilités et/ou d'obligations.

      Un perfectionnisme axé sur autrui


      Il a été rapproché des problématiques relationnelles et de communication en général. On dénote, entre autres, l'insatisfaction sur le plan marital et sur le plan sexuel, ainsi que le rapport coléreux, irascible, emporté, agressif, envers autrui.

      Un perfectionnisme social


      Il a été nettement relié à différents symptômes au rang desquels :
      1- L'anxiété qui, selon Pichot, est un état très particulier constitué, sur le plan phénoménologique, de trois éléments fondamentaux : la perfection d'un danger immédiat, une attitude d'attente devant ce danger, un sentiment de désorganisation lié à la conscience d'une impuissance totale en face de ce danger.
      2- La dépression
      3- Les troubles de l'alimentation
      4- L'hostilité.
      S'agissant de cette dernière dimension, la recherche prédit également des pensées et conduites suicidaires mais aussi des passages à l'acte, à considérer comme des formes ultimes et irréversibles de demande d'amour, de reconnaissance symbolique sur fond de désespoir. Le sujet «se laisse tomber» selon Lacan : ne pouvant plus se vivre comme un déchet, un imparfait, il est à évacuer. C'est de l'ordre du jeu aveugle et cette négation de soi, pour signifiante qu'elle soit, est fantasmée comme seul moyen de faire trace dans un Réel déshumanisé et déshumanisant. On perçoit particulièrement ici le refus d'un choix conscient par le sujet entre castration et mort. L'aspiration pour le néant vaut mieux que l'insatisfaction liée à l'insuffisance. Haine et sadisme peuvent alors vaincre avec brio. Bien entendu, ce prix est toujours trop cher payé pour soutenir contre son gré et mordicus une impossible position de maîtrise dans l'aliénation la plus radicale. En dehors de cette quand même exceptionnelle dramatisation des Agieren du sujet perfectionniste, il ressort d'autres tendances pathologiques, comme l'aboulie et le handicap intentionnel (qui voit certaines personnes consacrer leur temps à trouver des excuses pour expliquer leur échec plutôt que de se mettre en condition pour réussir). Enfin, le fait de se définir à autrui comme perfectionniste est en soi et de façon autonome sources de difficulté(s). En effet, sans autre mot dire, un tel agissement témoigne du refus pour une aide de type extérieur quant à la résolution d'une problématique. Cette attitude négative face au champ social des possibles est une hypothèque supplémentaire sur le succès et la réussite. Il faut signaler à ce propos que le sujet perfectionniste est toujours extrêmement embarrassé quant à la divulgation d'informations personnelles potentiellement utiles à autrui.

      Le perfectionnisme ou l'horreur de la faille


      Quelqu'un qui a le souci d'une certaine perfection n'est pas à proprement parler un perfectionniste, un stakhanoviste en quête d'absolu. Le perfectionnisme au sens pathologique du terme c'est autre chose, le toujours mieux des créateurs, des artistes ou bien encore des champions aux prétentions si élevées qu'ils finissent par se béquiller avec des objets extérieurs toxiques (ce peut être l'une des raisons du dopage ou de toute autre tentative de dépassement de soi), avec le lot adjacent de décès prématurés. Le sujet narcissico-égocentrique se veut parfait pour pouvoir s'aimer et se supporter ; le sujet maniaque du détail jusqu'à l'obsession est en tout état de cause une peste pour son entourage. C'est un être qui nie sa propre imperfection : s'il arrive second (puisque tout est vécu sur le mode de la compétition), il se lamente douloureusement puisque seule la première place, et encore (ensuite il y a les records à battre !), vaut intérêt et nourriture céleste.

      La défaillance narcissique du sujet perfectionniste


      Le perfectionniste est névrotiquement avide de briller et fonctionne sur le mode du tout ou rien. Il cultive certes une image assez grandiose de lui-même mais cette image est extrêmement friable. Il s'aime mais mal. Ainsi, il s'aime au faîte de la gloire mais s'exècre dès qu'il n'y siège plus. Alors, comme il place la barre si haut, les occasions de se haïr ne vont jamais manquer. À chaque revers, le spleen le guette. En bon sujet immature, il devient odieux avec son entourage qu'il tient également pour responsable de sa déveine et de sa guigne. On peut donc, s'agissant de son humeur, évoquer la notion de bipolarité, les phases d'excitations (à rapprocher des accès maniaques) alternant avec les phases dépressives (à rapprocher des accès mélancoliques). Un comportement outrancier, excessif, est le signe d'un narcissisme de mauvaise qualité. On va véritablement pouvoir parler d'infantilisme (à ne pas confondre avec le puérilisme qui est une forme régressive et réactionnelle de se positionner). En outre, le narcissisme est une construction de l'enfant pour compenser imaginairement son manque d'autonomie (c'est-à-dire son incapacité à nommer par lui-même les choses) : comme il est sous la coupe de tout le monde et qu'il ne peut se réaliser par lui-même, il s'imagine tout-puissant pour échapper à la relation de dépendance aux autres. Les parents jouent un rôle prééminent dans cette affaire. Les perfectionnistes sont justement de ces bébés qui se prennent pour des rois et qui veulent exercer une influence déterminante dans tous les domaines. En règle générale, ils ont été l'enfant préféré, celui sur lequel les parents ont projeté leurs propres fantasmes mégalomanes inassouvis. En chemin, ce piètre Narcisse tend à oublier l'existence des autres et à marginaliser leur importante nécessité. Il apparaît donc comme plus que souhaitable de l'extirper très jeune de cette position avant qu'il ne sombre, corps et biens, dans les affres d'une névrose gravissime de type obsessionnel. Le perfectionnisme est à l'individu ce que l'isolationnisme est à la politique. Comme les autres l'agressent toujours, du moins le croit-il, ça finit par une sorte de paranoïa, déchaînée, avec pour résultat principal, un abandon à son triste sort... Le sujet perfectionniste cherche toujours à transformer le monde en un lieu sans rugosité, sans saillie ou rien ne dépasse et où tout tourne en rond. Il reste en règle générale sous la tutelle d'une mère parfaite (donc une mauvaise mère !) ou du moins jugée comme telle, cherchant névrotiquement à faire correspondre le monde avec cette perfection supposée. Sa vie toute entière est mise au service de cette figure maternelle fabuleuse et idéalisée : il faut qu'elle ne manque de rien et, par contrecoup, que son monde soit sans faiblesse. L'aversion de la faille est donc au cœur de sa manière d'accomplir une fonction, un rôle. Il ne saurait simplement se « satisfaire » de ses propres failles : il les traque et tout le temps, de préférence chez ses proches. Il sait tout, a tout vu et le monde entier doit se soumettre à sa perfection, d'où son despotisme. Cette horreur de la défaillance, du manque, contamine des domaines multiples : celui du savoir bien sûr mais aussi, de façon significative, celui ayant trait à l'argent, le sujet perfectionniste étant une sorte d'Harpagon qui s'arrange toujours pour en dépenser le moins possible. Cependant, la caractéristique principale du sujet perfectionniste reste de loin l'obstination (du latin obsidere : assiéger). Il ne s'agit en aucun cas d'une pathologie de la volonté puisque nombreux sont les perfectionnistes déclarant vouloir « lâcher prise ». L'aliéniste Fabre avait déjà repéré à la fin du XIXème siècle à quel point certaines idées de ce type pathologique assiègent la conscience du patient fort impatient d'ailleurs ! Freud lui théorisa cette observation plus intuitive que véritablement clinique au travers des notions de refoulement, d'isolation, d'annulation et de régression. L'obstination, petite cousine de l'obsession, est également associée au phénomène de compulsion (de répétition).
      Le perfectionnisme n'est jamais finalement que la face visible d'une souffrance profondément dissimulée et qu'il convient de suspendre avec précocité. Le sujet perfectionniste est un (très) grand angoissé, d'où son poignant fanatisme pour l'hyper contrôle. Ici, l'aphorisme de Jean Grenier s'impose préventivement : « Il est aussi noble de tendre à l'équilibre qu'à la perfection car c'est une perfection que de garder l'équilibre ».



      Roland Millet

       

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